Art contemporain : comment se construisent les prix

novembre 4, 2011 § Poster un commentaire

La cote des artistes actuels est soumise à de nombreux facteurs qui n’ont pas toujours à voir avec les oeuvres elles-mêmes. Explications

On dit souvent que le coeur et les affaires ne marchent pas ensemble, mais s’il est un domaine où il faut écouter ses passions c’est bien celui de l’art. C’est la combinaison de cet engouement personnel pour telle ou telle oeuvre et de critères plus terre à terre qui peuvent permettre non seulement de limiter les risques financiers mais encore de ne pas regretter son achat.

La cote des artistes actuels est soumise à de nombreux facteurs qui n’ont pas toujours à voir avec les oeuvres elles-même. L’acquisition d’oeuvres contemporaines est d’autant moins aisée qu’elle n’obéit pas à des critères tangibles. Depuis que la notion d’art conceptuel a fait son apparition et que Marcel Duchamp au début du XX e siècle a créé des « ready made », des objets du commun transformés par celui qui regarde et par la seule volonté de l’artiste, en oeuvre d’art, tout peut ressembler à de l’art pertinent. Il n’est plus question de beau ou pas. De bien peint ou de mal peint.

Coté ou pas coté ?

Notre époque se caractérise par une offre extrêmement large et très diverse.

Peinture figurative ou abstraite, installations ou sculptures, photographies ou dessins et même vidéos sont des modes d’expressions courants et qui peuvent être cotés ou pas. Pour acheter une oeuvre qui conservera sa valeur, voire qui l’augmentera, il convient donc de suivre certaines règles. Les cotations des artistes actuels suivent deux tendances. Certains ne sont pas cotés aux enchères et dans ce cas les tarifs sont uniquement ceux pratiqués par les galeries. Cela n’implique cependant en rien que l’artiste ne soit pas pertinent ou qu’il manque de reconnaissance internationale. Ainsi, dans la jeune génération, l’un des artistes français les plus reconnus à l’international, Pierre Huyghe (né en 1962) – qui a reçu en 2002 le Hugo Boss Prize du Guggenheim -, est collectionné par un public international. Il est défendu à New York et Paris par la très sérieuse galerie Marian Goodman. Pourtant, aux enchères, seulement quinze de ses oeuvres ont été proposées, avec un prix maximal de 32.000 euros pour une photographie obtenu en 2006. Le travail de Huyghe n’est pas spéculatif, plutôt rare et pas vraiment commercial. Sur le long terme, il prendra sans aucun doute une valeur importante, mais les banques de données de l’art que sont Artnet et Artprice donnent une impression erronée de ses cotations.

Le rôle des enchères

En revanche, d’autres artistes ont vu leur réputation amplement soutenue par les enchères. C’est certainement le cas du très médiatique mais néanmoins contesté Damien Hirst (né en 1965) par exemple, dont pas moins de 2.364 oeuvres sont passées sous le marteau depuis 1992. Damien Hirst joue avec le scandale, les effets d’annonce et la médiatisation. Il produit beaucoup et beaucoup de choses répétitives. Il est soutenu par deux galeries très puissantes, Gagosian, multinationale de l’art, et White Cube, de Londres et Hong Kong. Lui-même possède des boutiques « Other criteria », dans lesquelles il vend des produits dérivés multiples et autres tee-shirts. Le record pour l’artiste, aux enchères, est de 12,7 millions d’euros pour une immense étagère remplie de pilules factices. Aujourd’hui, le public de ses « consommateurs » est donc très large et lui, comme ses marchands, n’ont aucun intérêt à ce que sa cote officielle, celle des enchères, se dévalue. Mais qu’en sera-t-il à moyen terme ? Certaines de ses oeuvres – assez communes -, passées la semaine dernière sous le marteau de Sotheby’s et Christie’s à Londres, se sont vendues dans une gamme moyenne de prix de 100.000 euros. Les prix d’adjudication ne donnent donc que des débuts d’indice sur la cote des artistes.

L’apport des collectionneurs influents

Malgré la crise économique certains jeunes artistes bénéficient d’un spectaculaire engouement du fait de l’achat de collectionneurs influents. C’est le cas de Jacob Kassay (né en 1984), représenté en France par la galerie Artconcept, dont une toile argentée peinte il y a seulement deux ans a été adjugée pour 137.100 dollars la semaine dernière chez Christie’s. Mais les montées les plus rapides sont aussi les plus dangereuses.

Editer par : JUDITH BENHAMOU-HUET
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